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  • 20 août 2022
    Ultra Trail – Chics Chocs, Gaspésie.
    62 km - Guru énergie
    3 200 mètres D+

    3 h | Cap Chat

    Mon ami Steve fait partir la cafetière. C’est le signal que je dois me lever. J’étais déjà réveillé, la nervosité me rongeait. Notre matériel était déjà prêt. Il fallait seulement déjeuner rapidement et partir en direction du mont Albert. Dès l’ouverture de la porte du chalet, la légère brise du fleuve nous apporte une fraîcheur à l’allure automnale. La route sinueuse du parc de la Gaspésie nous envoie au pied du mont Albert. La nuit cède la place tranquillement aux premières lueurs du jour loin derrière les montagnes. Je suis bien content de pouvoir ranger ma lampe frontale avant le départ, mais je garde mon imperméable étant donné qu’il fait encore frais. Steve retourne à la voiture pour se reposer en attendant le départ du 45 km pour 6 h. Je m’avance dans la foule de coureurs fébriles devant l’arche de départ. L’organisateur prend la parole et fait un discours d’encouragement et sur la sécurité. Pour une raison que j’ignore, cela a tendance à me détendre. Entre le moment de la fin du discours et le go officiel, il y a un instant au ralenti où on repense à tous les entraînements et efforts qui nous a apporté à ce moment précis. Il faut maintenant faire un pas en avant pour vaincre notre défi lancé.


    5 h | Mont Albert

    Un départ dans le silence pour ne pas réveiller ceux qui dorment dans les bois, et voilà le départ du 62 km est commencé. Les 100 courageux se dirigent rapidement en direction du Mont Olivine (670m). Le sentier est large et peu technique. Quelque part avant le sommet, la température a monté en flèche alors je me suis arrêté pour enlever mon imperméable. Les rayons du soleil frappent les flancs de la montagne et une fois au sommet, un spectacle d’une incroyable beauté. Le soleil nous saluait de plein fouet dissipant la brume toujours présente dans la nature. En descendant le mont Olivine, nous empruntions le sentier qui contourne le lac du diable. Puis, nous remontions légèrement vers le premier point de ravitaillement la « serpentine » située à 11,5 km du départ. C’était plutôt encourageant d’avoir fait ce parcours en moins de 2 h. Je me sens bien et déçu d’avoir rangé mon cellulaire loin dans mon sac à dos. Je n’ai pas été en mesure de capturer ce moment magique plutôt. Une fois ravitaillé, j’ai décidé de ranger mon cellulaire à une place accessible pour jouer au touriste (un tout petit peu). Quand même, ce n’est pas tous les jours que l’on court 62 km dans les Chics-Chocs.


    7 h | Serpentine

    Je repars le long du ruisseau du diable qui mène au sommet du Mont Albert (1088m). Les coureurs autour de moi surnomment ce passage la cuve. Sur le moment, j’ignorais totalement pourquoi. La cuve du mont Albert porte bien son nom. Une gorge de montagne sans arbre, rempli de grosses roches rougeâtres qui absorbent la chaleur et la renvoient aux coureurs. La cuve est une fournaise. Heureusement, il était assez tôt pour ne pas être trop affecté par cet effet de chaleur intense. Intérieurement, une petite pensée pour mon ami Steve qui passera ce segment une heure plus tard, ouf. Une fois au sommet, on s’aperçoit rapidement de l’étendu du plateau du Mont Albert. Une étendue de roche dénuée d’arbre. Quelques lacs formés par la fonte de la neige et quelques amas de celle-ci dont je pouvais voir ici et là. C’était impressionnant de voir ce phénomène. Les coureurs devaient continuer à parcourir le sentier de la grande traversée en direction du 2e point de ravitaillement la « paruline » situé au 26e kilomètre. Le revers du Mont Albert cache un sentier technique descendant dans les bois. Il est difficile d’avancer aussi vite qu’on le voudrait. Beaucoup de racine, et la pluie la veille a laissée plusieurs passages boueux. Je ne me souviens pas très bien des sentiers, puisque je regardais souvent mes pieds pour ne pas tomber. Cela m’a pris 2 h 30 pour me rendre à la « paruline ». Le ravitaillement était un festin; croustilles, wrap, barre énergétique et fruits en quantité. Il en est même un défi de ne pas passer trop de temps-là. Mention d’honneur aux bénévoles qui nous accueil à chaque fois avec un sourire et des encouragements.


    9 h 30 | Paruline

    Entre la « paruline » et le 3e ravitaillement, il n’y a que 8 km. Ce n’est pas parce que c’est court, que cela sera facile. Dès le départ, on doit monter le Mont Milieu (950m). Une ascension vertigineuse, la vue au sommet n’équivaut pas à l’effort déployé, car elle est bien fournie d’arbres. J’ai essayé de prendre des photos, ce n’étaient pas les meilleurs. À cette étape-ci, nous étions 4 coureurs qui s’entrecroisait souvent et on poursuivait au même rythme. On a redescendu le Mont Milieu pour remonter immédiatement au sommet du Mont Ells (1000m). Le soleil commence à être très imposant. Je regrette de ne pas avoir acheter la veille la casquette « Dynafit ». La forêt condense la chaleur et j’ai l’impression de cuire. J’essaie d’éviter un coup de chaleur en m’arrosant d’eau de ruisseau dès que l’occasion se présente. La descente du Mont Ells est très appréciable, près de 4 km en direction du lac Cascapédia où notre ravitaillement nous attends. Enfin arrivé à midi au 3e ravitaillement du lac. Je ne suis pas déçu ! Des bons melons d’eau appétissant m’attendaient pour être mangé.


    12 h | Cascapédia

    34 km de fait, mais je ressentais pour la première fois de la fatigue. J’ai donc pris une pause plus longue et pris du temps pour manger du solide des pâtes végétarienne sauce bolognaise. J’avais besoin de respirer un peu. Je m’aperçois qu’il y a très peu de coureurs du 62 km. J’ai l’intuition qu’il y a beaucoup d’abandon et même que je suis présentement dans les derniers. Je repars seulement à 12 h 45 en direction de la « Paruline ». Ce qui a été plaisant à descendre fut l’enfer à remonter. Soleil derrière les oreilles, ma sueur séchait à mesure qu’elle était produite. Une fois rendu dans la descente du Mont Milieu, je savais que j’étais pratiquement rendu à la « paruline ». Je me sentais en sécurité et qu’en plus il y ait un coureur m’avait rattrapé et avait décidé de suivre mon rythme. Je craignais le coup de chaleur. Soulagement, les bénévoles nous attendaient avec le sourire.


    14 h | de retour à la Paruline

    Je n’ai pas été soulagé longtemps. Dès la première bouché, mes papilles me disaient qu’elles étaient épuisées. J’ai vomi. Bang. Coup de chaleur. Heureusement, il y avait un médecin à ce point de ravitaillement qui a su me remettre sur les railles rapidement. J’étais toutefois dans le doute. Même après avoir mangé à nouveau, j’étais mentalement affecté. Le coureur qui avait effectué la descente du Mont Milieu avec moi, a décidé de continuer de suivre mon rythme. Je crois que si cette personne n’avait pas prise cette décision, je ne suis pas certain que le médecin aurait accepté que je reparte seul. La grande traverser est ardu en montée. On a été obliger d’arrêter remplir notre sac d’hydratation dans une rivière puisque la distance entre la « paruline » et la ligne d’arrivée est de 19 km. C’était la première fois que j’utilisais des pastilles pour distiller mon eau. Cela fonctionne plutôt bien. Je croyais à tord qu’une fois au sommet du Mont Albert, on bifurquait vers la descente de la face Nord. Cela aura été bien trop facile. Le parcours redescendait dans la cuve pour remonter le Mont Albert. Le point de vue au 2e somment était incroyable. Une vue sur l’ensemble de la gorge que j’ai réussi à capturer. On s’avait maintenant qu’il nous restait que la descente vers le village. J’ai décidé de prendre une pause au sommet et d’apprécié le paysage tandis que l’autre coureur à décidé de vider ses turbines jusqu’à la fin. La noirceur s’installa tranquillement pendant que j’entamais la descente abrute. J’ai fini par sortir ma lampe frontale en cours de route. J’avais mal aux pieds. Cela me ralentissait terriblement. Je criais après les roches. Il y avait trop de roches. Puis tout à coup, le sentier s’élargie et les roches disparus pour une belle descente de 4 km jusqu’à la ligne d’arrivée. Après 16 h 10 mins d’effort continu, j’ai traversé la ligne d’arrivée en appuyant sur le turbo. Le comité d’accueil était jovial et amusant.


    L’ultra trail 62 km des Chics-chocs est une expérience extraordinaire. Je tiens à remercier tous les bénévoles et coureurs qui m’ont aidé à accomplir ce défi. L’entraide de la communauté est l’une des belles richesses que nous avons. Je vous souhaite de vous inscrire de vivre cette expérience unique au Mont Albert. Toutefois, soyez averti, sur 100 coureurs, seulement 52 ont traversé la ligne d’arrivée. Le 62 km n’est pas pour les doux. 85 % du parcours sont des sentiers techniques et vous n’avancerez pas à la vitesse souhaitez. En cas de doute, inscrivez-vous à une distance plus courte. UTCC fait partie des événements incontournable et je souhaite à l’organisation de réaliser tout leur projet et leur rêve qu’ils ont en tête dont le 166 km ! Bon succès ! Je vous le souhaite !


    Voir les pauses photos!

    Vincent Grenier

    Le rédacteur sportif.

    Photo crédit: Vincent Grenier