Québec Méga Trail 2024

Nick Gélinas à la conquête du qmt 160 km

1er 160 km  L'aventure d'une vie !


Vendredi matin,

Je me lève pour un petit-déjeuner classique : café et quelques tartines. Loin de ressentir le stress, je savoure ce calme avant l'aventure qui m'attend. J'ai tout vérifié et revérifié. Au moment de partir, je jette un dernier coup d'œil à ma flasque avec filtre qui finalise le 1,5 litre réglementaire. Direction Sainte-Anne-de-Beaupré, un trajet de deux heures quarante.

Arrivée sur place,

Je profite d'un repas rapide au McDonald's. J’ai quelques points à échéance, ce qui me donne l'occasion de les utiliser afin de profiter d'un souper gratuit avant de me lancer dans cette longue aventure.

Au pied du Mont Sainte-Anne :

J'ai la surprise de retrouver de vieux amis, BMB et Ann McCoco, un vrai plaisir. Je récupère mon dossard, le numéro 86, une combinaison de chiffres que j'apprécie particulièrement.

Mes 3 drop « bags » sont prêts :

  • Le premier contient principalement des produits Spark pour une hydratation optimale, ainsi que des bonbons et une gaufre pour les apports énergétiques solides.
  • Le deuxième était équipé d'une paire de chaussettes de rechange et mes chaussures Cloudultra 2, avec la même répartition nutritionnelle que le premier.
  • Le troisième contient un t-shirt, des chaussettes et les mêmes produits énergétiques.

Départ en navette

Content de retrouver Gen, Jean-Pierre et d'autres amis pour discuter quelques instants avant de monter à bord.

À bord de la navette, je fait la connaissance d'un Américain qui, en m'appelant "Nice Guy", créer immédiatement une atmosphère détendue. On échange en anglais-français, aidés de Google Traduction pour prononcer quelques mots en français. C'était vraiment sympa de sa part, surtout qu'il était lui aussi en train de se préparer pour un 100 miles. Le voyage se passe à une vitesse folle.

Arrivée sur le site du départ :

J'ai la joie de retrouver mon amie Anne. Cela faisait longtemps que je ne l'avais vue, et elle avait exactement la même bonne humeur que d'habitude. J'ai ensuite salué mes amis Seb et Marco, puis Elliott et Deb. C'était l'heure du contrôle des sacs. On m'a demandé deux équipements spécifiques, alors pour être sûr de ne rien oublier, j'ai fait vérifier mon sac de fond en comble. Tout était en ordre. La prise de la pression et la pesée ont suivi, et même si mon poids est un peu léger, je ne me suis pas inquiété outre mesure.

Avant le départ, j'ai préféré m'éloigner un peu du groupe pour me concentrer et me préparer mentalement. Les consignes concernant le balisage ont été claires lors de la conférence. En sortant, j'ai croisé Jeff et lui ai souhaité bonne course. Et c'est parti pour l'aventure !

Le départ :

Je me positionne légèrement en avant, sachant que les 5 premiers kilomètres sont roulants. J'ai commencé lentement pour trouver mon rythme de croisière. Je me sentais bien. J'aborde la première montée avec aisance et j'arrive sans problème à la deuxième section où une nouvelle montée m'attends. Je réalise alors, que mes temps de passage sont trop rapides et que ma baisse d'énergie habituelle allait probablement survenir dans les prochains kilomètres. J'atteins, le premier ravitaillement en pleine forme. Après avoir repris des forces, je repars en direction du Massif. Mon amie Anne me dépasse, déterminée. Je commence à sentir un souci : la semelle de mes chaussures ON Cloudultra 2 se décolle, me tordant la cheville à chaque pas.

Arrivé au Massif, mon ami Pat m'accueille avec une bière artisanale IPA sans alcool, la hors sentier et mon drop bag. Je prend le temps de me remettre de mes émotions et me réchauffe en enfilant mon imperméable et repars, mais mon rythme baisse et ma foulée était irrégulière à cause de ma chaussure défectueuse. Je croise mon amie Gen qui qui file vers la victoire pendant que moi j'ai hâte d’arriver à Sainte-Tite-des-Caps pour changer de chaussures.

Après le passage mythique du ruisseau, je me dirige vers la tente médicale pour un contrôle de la pression artérielle et un pesage obligatoire. Puis, je poursuis ma course

Arrivée au méga ravito :

L’ambiance au méga ravito est festive. Je discute avec Dave, un gars de Gaspé, heureux de retrouver du confort dans mes seconds Cloudultra 2. Après 80 km, chaque kilomètre devient un bonus. Je prends le temps qu'il faut pour recharger mes batteries.

La Mestachibo

Je pars pour la fameuse Mestachibo dont tout le monde parle, et maintenant je comprends très bien pourquoi. Un sentier de glaise qui se transforme en une « trail » rocheuse et boueuse t’attend — vraiment pas roulant, surtout après le passage de tous les coureurs des autres distances.

Je croise Nico Danne et on a parlé pendant au moins 2 km.

La Traversée

Les ponts sont magnifiques, mais je perd pied sur une roche qui me blesse au genou. Je ralenti jusqu’à l’arrivée à la chute Jean-Larose, qui est splendide. Suit une montée d’escaliers épique, jambes en feu, heureusement un ravito m’attend.

Arrivée au Mont-Sainte-Anne

Je franchis la barre des 100 km, une première pour moi. Mon corps montre des signes de fatigue. Je prends toutes les calories possibles pour la montée finale de 3 km, seul, sans « pacer ».

Au sommet, la vue au-dessus des nuages est à couper le souffle. Avec 24 heures derrière moi, Anne arrive, son sourire me redonne du souffle. François, mon chum, veille sur moi, m’aide à reprendre des forces. Je prends ma capsule de caféine.

Il reste une boucle avec une montée technique plus haute que j'avais imaginée avant de revenir au ravito où j’ai brûlé pas mal de cartouches. Puis je repars vers l’Auberge du Fondeur, où le personnel prend soin de moi. La descente est roulante, mais mes jambes peinent à avancer. Ma frontale faiblit, je fais 4 km en compagnie d’un couple du 110 km jusqu’à l’Auberge du Fondeur où je change mes piles et reprend des forces.

Maintenant au 124 km, rien ne m'arrête.

Je pars pour 10 km qui se font assez bien. Petit ravito — avec les heures qui avancent, c’est beau de prendre son temps, mais cette fois, je repars assez rapidement pour une très longue boucle avec une fatigue à la puissance 1000.

Hallucinations

Vous avez déjà entendu parler des hallucinations des ultra-marathonien ? Voici mon histoire :

C’est là que commencent mes hallucinations. À plus de 30 heures de course. Je pars en solo et je vois, à ma gauche, des personnages : des petits clowns verts et blancs, souriants, qui se transforment en fougères à leur approche — et ça, à plusieurs reprises. À ma droite, de temps en temps, j’aperçois des pancartes vertes avec des flèches de direction, et un panneau orange au loin. Mais plus j’avance, plus tout disparaît comme un mirage. C’est réel, et ça fait vraiment déranger l’esprit.

Cette boucle d’hallucinations se termine avec le lever du soleil et l’entrée dans la piste de vélo. Je mets un peu de vitesse pour retourner à l’Auberge du Fondeur, avec le dernier « step »: la première traversée de rivière, qui marque le début de la destruction de mes dessous de pieds, sans chaussures de rechange.

Le dernier ravito

Juste avant la fin, deux autres ruisseaux à traverser. Là, mes pieds ont vraiment souffert. Je savais que j’avais de solides ampoules, et déjà une entorse que je ne sentais plus avec le temps. J’arrive enfin à la zone du finish, au moment même où le départ du 25 km est lancé. J’attends un peu, puis on me dit : « Awaille, en bas, c’est en bas le finish ! »

Je me donne alors des allures de Zack Miller, avec une finale à 3 min 47/km, en bouettant, après 100 miles. Je l’avais dit au petit couple de la frontale : j’allais finir avec un pace sub-4 min après 160 km.

Ligne d'arrivée

François m’attend à l’arrivée, m’aide à regagner mon camion et récupérer mes drop bags. Son soutien est précieux.

De retour au camion, la fierté m’envahit. Je fais un power nap de quelques heures, réveillé par une odeur « d’homme des cavernes ». Je décide de rentrer chez moi en 4 h, avec pauses café, slush et mini siestes, pour rester sécuritaire.


Retour à la maison

La douche à la maison fait un bien fou. Je me couche tôt, cheville enflée, pieds détruits et encore blancs. Il me faudra quelques jours avant de recourir.

Conclusion

Je suis officiellement un 100-miler, un accomplissement que personne ne pourra m’enlever. Quand on y croit, on fait de grandes choses.

Ceux qui ne croient pas en moi ? Ce n’est pas pour eux que je me dépasse.

Je ne parle pas de ma position ni de mon temps, pour moi, ce n'est pas important. Je me suis surpassé avec un entraînement pour un 50 km. Ma vie ne me permet pas de performer sur de longues distances. Terminer ce défi est, à ce jour, mon plus grand défi personnel.

Remerciements

Merci à l’organisation du QMT, professionnelle et attentionnée, aux bénévoles, aux équipes médicales et au directeur de course. Une belle équipe qui fait le succès de cet événement.

L'expérience acquise

Pour le futur, j’ai une revanche à prendre sur l’UTHC 125. Maintenant, je suis mieux outillé, avec des ressources encore plus solides dans mon coffre. Mais avant de penser à la trail, je retourne sur la route pour viser un solide chrono marathon — dès que mes jambes me le permettront.

Merci à tous pour votre soutien sur Instagram, Strava, Facebook et Messenger. Votre présence jusqu’ici, après l’un de mes plus longs retours, me touche profondément.

Merci à mes partenaires :

  • Spark Nutition
  • Au Coin du Pédaleur
  • ON, pour l'équipement de qualité
  • Coros, pour une montre capage de tenir plusieurs jours en mode GPS actif.

     Nick G.

Chronique revue et corrigée par :

Vincent Grenier

Le rédacteur sportif.

Quebec Mega Trail 2024 Quebec Mega Trail 2024 Quebec Mega Trail 2024 Quebec Mega Trail 2024